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Le métissage était possiblement peu répandu à Montréal aux 17e et 18e siècles

Le métissage était possiblement peu répandu à Montréal aux 17e et 18e siècles
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le métissage entre les colons européens et les populations autochtones et afro-descendantes était possiblement peu répandu à Montréal aux 17e et 18e siècles, porte à conclure une étude publiée par une chercheuse de l'Université de Montréal.

En effet, l'analyse de l'ADN ancien de 45 individus qui avaient été inhumés au cimetière Notre-Dame entre 1683 et 1796 a révélé qu'ils étaient tous d'origine européenne – et encore plus précisément française, sauf une exception.

«Le cimetière Notre-Dame a été (...) fouillé sur plusieurs années au Québec, ce qui est assez rare en archéologie, a expliqué Diane Martin-Moya, qui est chercheuse invitée au département d'anthropologie de l'UdeM. Ça nous a permis d'avoir une fenêtre assez importante dans le temps des premiers Canadiens français arrivés à Montréal, qui ont participé à la construction de la colonie.»

Les auteurs de l'étude ont comparé les échantillons de Notre-Dame à un panel de référence composé de génomes anciens et modernes, comprenant 900 génomes d’Europe, 751 génomes d’Afrique de l’Ouest et 673 génomes provenant de groupes autochtones des Amériques, a-t-on détaillé par voie de communiqué.

L’analyse a révélé une ascendance exclusivement française pour les 45 individus analysés. La seule exception est celle d'un individu qui était apparemment d'origine italienne.

Cette découverte suggère que les populations autochtones et d'origine africaine étaient marginalisées dans le contexte colonial urbain de Montréal, ce qui contraste avec les récits faisant état d'une coopération et d'un métissage entre Français et Autochtones.

«Des études bioarchéologiques antérieures ont donné lieu à des interprétations contradictoires concernant la présence d'individus non européens ou issus d'un métissage (à Montréal), écrivent les auteurs. Nos résultats montrent une ascendance européenne exclusivement française. (...) (C)es résultats remettent en cause le récit de la "population fondatrice métissée", s’alignant sur les preuves historiques de la marginalisation des populations autochtones et d’ascendance africaine tout en mettant en évidence les inégalités sociales qui ont façonné ce cimetière urbain colonial.»

Mme Martin-Moya précise toutefois qu'il est impossible de généraliser ces conclusions à l'ensemble de la population montréalaise de l'époque, puisque l'analyse a porté uniquement sur une poignée d'individus parmi les milliers qui avaient été inhumés à cet endroit au fil du temps.

«C'est intéressant parce que ça montre comment, en tant que chercheur, on peut être influencé par des variables qui montrent quelque chose, on va se rattacher beaucoup à l'histoire en disant "Ah ben, ça doit être ça", a dit Mme Martin-Moya. Donc, ça montre aussi que la science ce n'est pas un dogme, il faut vraiment toujours creuser.»

Après tout, rappelle-t-elle, différentes mesures avaient été mises en place pour favoriser le mariage de femmes autochtones avec des colons français, en plus de politiques d'assimilation et d'acculturation.

L'analyse des liens génétiques a par ailleurs permis d'identifier «plusieurs lignées multigénérationnelles s'étendant sur plusieurs zones et phases d'inhumation du cimetière, ce qui suggère que les sépultures n'étaient pas organisées spatialement en concessions familiales», a-t-on expliqué.

Les auteurs estiment que la diversité génétique au sein du cimetière reflète probablement l'arrivée de colons provenant de nombreuses régions différentes. De plus, «le chevauchement successif des sépultures et les perturbations causées par le développement urbain témoignent (selon eux) de la croissance démographique rapide de la colonie».

Selon les auteurs, cette analyse met en évidence les inégalités coloniales du Montréal des débuts.

«Les mieux nantis occupaient les meilleures positions au cimetière, a dit Mme Martin-Moya. Ils ont pu être déplacés ailleurs quand le cimetière a présenté des problèmes d'hygiène. Les autres ont été laissés sur place (...), et pendant 300 ans ils ont été victimes de la modernité et de l'urbanisation qui faisait qu'on les retrouvait des fois complètement détruits par la construction d'un aqueduc (ou) d'un mur. Parfois on n'était même pas en mesure de retrouver les corps en entier.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Proceedings of the National Academy of Sciences.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne